Les subprimes étaient des crédits immobiliers délivrés en étant peu regardant sur le profil des emprunteurs (ce marché concernait les ménages exclus du prime market, ceux qui ont un mauvais credit score, donc les plus à risque). Leur taux d’intérêt étaient de 4 à 5 points supérieurs aux taux normaux du marché. Leur remboursement se faisaient la plupart du temps selon la règle du « 2-28 » : deux ans de remboursement à taux fixes, puis 28 ans à pleine charge de taux variables (le prêt le plus répandu sur le subprime market était le 2/28 ARM – Adjustable Rate Mortgage).
Les banques américaines avaient découvert un nouveau placement en apparence très rentable : le prêt à taux élevé à des ménages peu solvables. Ces taux assuraient la forte rentabilité des prêts, tandis que la contrepartie de ces taux élevés – le risque de non remboursement – était masqué à court terme par la hausse des prix de l’immobilier et par la faiblesse des mensualités consenties aux emprunteurs durant les premières années du prêt (Lewis, 2010).
Une crise mondiale
Après une phase de très forte hausse (l’indice Case-Shiller passe de 100 en 2000 à plus de 184 en 2007), le marché de l’immobilier américain a connu un retournement spectaculaire en 2007 avec la contraction des prix et des transactions aux Etats-Unis (baisse qui a touché ensuite le reste du monde).
| L’indice Case-Shiller Cet indicateur – géré par la société Standard and Poor’s – mesure l’évolution des prix nominaux du marché de l’immobilier résidentiel dans vingt régions métropolitaines des Etats-Unis. Cet indice a été conçu par les économistes Karl Case et Robert Shiller. |
L’arrivée sur le marché de logements neufs en cours d’achèvement et la mise en vente de logements anciens par des investisseurs/spéculateurs qui ont cherché à se retirer du marché (ils anticipaient à juste titre des moins-values sur les biens détenus) a conduit à un accroissement du stock de logements invendus.
La vie de millions d’Américains qui avaient financé l’achat d’un bien immobilier par des crédits à risque est devenue d’un seul coup très compliquée. Avec le retournement du marché, la valeur de leurs habitations était devenue inférieure à la valeur des crédits qu’elles étaient censées garantir.
Un cercle vicieux s’est alors engagé : l’avalanche des défaillances d’emprunteurs et les reventes des maisons hypothéquées a accéléré la baisse des prix de l’immobilier. Le nombre d’acheteurs obligé de se déclarer insolvables est devenu de plus en plus important. Ils ont été les victimes collatérales de la crise des subprimes et du credit crunch qui a amené les banques à durcir les conditions d’obtention des prêts.
Les banques se sont trouvées elles-mêmes en difficulté et les pouvoirs publics n’avaient d’autre possibilité que de les soutenir massivement. Le 7 septembre 2008, le gouvernement des Etats-Unis pensait avoir évité le pire en nationalisant en urgence Fanny Mae et Freddie Mac, deux institutions qui assuraient à elles seules 40% de l’encours immobilier américain. Pourtant le 15 septembre, la banque d’affaires Lehman Brothers fait faillite, provoquant un vent de panique sur l’ensemble des marchés.
| Subprimes Etymologiquement : « en-dessous du premier choix ». Il s’agissait de prêts immobiliers non conventionnels consentis à des ménages modestes dont la solvabilité était incertaine (une innovation financière favorisant une prise de risque excessive). Synonyme : prêts hypothécaires à risque. En anglais : subprime mortgage. |
Les pertes gigantesques engendrées par la crise des « subprimes » résultent de la transgression par les banques américaines américains de principes de base du crédit : un prêteur doit éviter de ne prêter qu’en considération des seules garanties ; il doit aussi s’interroger sur la capacité de l’emprunteur à générer des ressources suffisantes pour rembourser sa dette.
Le nouvel eldorado financier des subprimes n’a pas résisté à la remontée des taux d’intérêt, au retournement des prix de l’immobilier et à l’élévation des mensualités de remboursement.
La titrisation (transformation des crédits en titres financiers négociables) a aggravé la crise. Elle a posé deux problèmes :
Un risque d’aléa moral (étant donné que les banques se déchargent de leurs crédits en les externalisant sur le marché, elles ne sont plus incitées à les gérer avec la plus grande rigueur) ;
Les investisseurs qui reprennent les risques cédés par les banques font l’objet d’une supervision bien moindre que ces dernières. On ne peut qu’insister sur l’opacité de ces montages en cascade. La titrisation associée à des taux d’intérêt incroyablement bas ont totalement anesthésié la peur du risque.
Lors d’une opération de titrisation, les créances cédées par les banques sont achetées par un fonds commun de créances, FCC (special purpose vehicle, SVP) qui les finance en émettant des titres négociables dont les caractéristiques sont différentes de celles des actifs sous-jacents. Le FCC reçoit les flux de trésorerie générés par les actifs sous-jacents qui lui permettent de rémunérer les investisseurs qui ont acheté les titres négociables. La titrisation fait donc passer une partie des actifs financiers, qui jusque-là étaient soumis aux règles de l’intermédiation bancaire, dans le champ des marchés financiers où cette réglementation n’existe pas. En faisant de la place dans le bilan des banques, elle améliore la structure de leur bilan, leur permet de diminuer leurs obligations en termes de ratio de solvabilité et leur donne également la possibilité d’accorder de nouveaux prêts qui pourront également être titrisés.
La titrisation expliquée par Marie-Claude Esposito (2013)
Le gonflement de la bulle immobilière et l’accumulation des crédits hypothécaires à risques dans les années 2000 a mené à la crise des subprimes. La crise a été le résultat d’un excès d’endettement des ménages américains. Du fait de l’interdépendance financière entre les pays, la crise s’est propagée à l’ensemble du monde. Ainsi des crédits hasardeux accordés à des habitants du Minnesota ou du New Jersey ont provoqué une onde de choc qui a déferlé sur l’ensemble de la planète.
Il semble que l’on n’ait pas tiré vraiment toutes les leçons de la crise de 2008. Les marchés financiers ne semblent pas efficients (Fama, 1965 ; Grossman & Stiglitz, 1980) au sens où ils ne permettent une allocation optimale du capital à l’échelle planétaire, au sens où toutes les données pertinentes pour anticiper le prix futur ne sont pas rendues disponibles dans les mêmes conditions à tous les opérateurs et au sens où au lieu d’atténuer les risques, ils les aggravent. Au cours des années 2010 et 2020, la finance est repartie de plus belle. Jusqu’à la prochaine crise ?
| Le néolibéralisme et l’origine de la crise La crise a éclaté en 2007/2008, mais l’origine de ce phénomène est beaucoup plus ancienne. Dans les pays anglosaxons, elle remonte à la période Thatcher et Reagan des années 1980. Les gouvernements conservateurs et républicains ont voulu lutter contre la « socialisation du logement » ; ils ont mené des politiques destinées à transformer les ouvriers en petits propriétaires. En Grande Bretagne, Margaret Thatcher a accordé aux locataires du parc social un « droit à acheter leur logement » (right to buy). Il s’agissait d’une véritable stratégie politique consistant à priver la gauche de cohortes d’électeurs en en faisant de petits capitalistes. Cette politique de rétrécissement de la taille du secteur public a eu pour conséquence sa paupérisation car ce sont les logements les plus confortables qui ont été vendus. Alors que le logement social abritait auparavant des ouvriers et des membres des classes moyennes, il s’est transformé en filet de sécurité pour ceux qui en raison de leur âge, de leur handicap ou de leur pauvreté ne peuvent accéder à un logement décent dans le secteur privé. |
Lectures
Artus Patrick, La crise financière. Causes, effets et réformes nécessaires, Presses Universitaires de France, 2008
Artus Patrick, Betbeze Jean-Paul, De Boissieu Christian & Capelle-Blancard Gunther, La crise des subprimes, Conseil d’analyse économique, 2008.
Doise Dominique, « Subprime: Price of infringments », International Business Law Journal, no4, 2008.
Esposito Marie-Claude, « La véritable histoire de la crise financière 2008 », Outre-Terre, n°37, pp. 127-158, 2013.
Fama Eugen, « The Behavior of Stock Market Prices », Journal of Business, vol. 38(1), pp. 34-105, 1965.
Grossman Sanford & Stiglitz Joseph, « On the Impossibility of Informationally Efficient Markets », American Economic Review, vol. 70(3), pp. 393-408, 1980.
Lecat Remy, « Dynamique du prix des logements : quel rôle pour les facteurs financiers ? », Bulletin de la Banque de France, n°133, 2005.
Lewis Michael, The Big Short: Inside the Doomsday Machine, Norton & Company, 2010.
Shiller Robert, The Subprime Solution: How today’s global Financial Crisis happened, and what to do about It, Princeton University Press, 2008.